Voyage Londres

Londres autrement : les adresses qui font battre mon cœur

Il y a le Londres des cartes postales. Et puis il y a le mien.

Je connais Londres depuis longtemps. Assez longtemps pour avoir fait la queue devant Buckingham, levé la tête vers Big Ben, traversé Tower Bridge en tenant mon appareil photo à deux mains, London Eye, … Comme tout le monde. Et comme tout le monde, j’ai aimé ça.

Mais ma relation avec cette ville va au-delà de tout ça. Londres, je l’ai d’abord apprivoisée professionnellement — des allers-retours nombreux, des réunions dans des buildings de verre, des taxis pris à la volée entre deux rendez-vous. Une ville qu’on traverse sans vraiment la voir, le nez dans ses dossiers. Puis je l’ai redécouverte en famille, avec mes enfants — en bonne maman consciencieuse, j’ai d’abord fait le tour des incontournables, ceux qu’on doit voir au moins une fois : Big Ben, Westminster, la Tour de Londres, les Bijoux de la Couronne, les gardes en rouge devant Buckingham. Et j’ai vu leurs yeux s’écarquiller, et c’était beau aussi.

Mais ce qui m’a vraiment accrochée — au-delà des voyages d’affaires, au-delà des circuits familiaux bien ficelés — ce qui me donne encore envie d’y retourner rien que pour moi, c’est l’autre Londres. Celui qui se cache dans une cour intérieure colorée, au sommet d’un immeuble de verre, le long d’un canal silencieux un dimanche matin.

Voilà ce que j’ai envie de partager avec vous aujourd’hui.

Le matin : Neal’s Yard et Covent Garden

Commencez tôt. Londres le matin, avant que les touristes n’envahissent les rues, est une ville différente. Direction Neal’s Yard, une petite cour cachée au cœur de Covent Garden. Si vous ne savez pas qu’elle existe, vous passez devant sans la voir — c’est exactement ce qui en fait son charme. Les façades sont peintes de bleu, de jaune, de vert vif. Des herboristeries, des cafés bio, des petites enseignes artisanales s’y nichent comme dans un village. C’est coloré, calme, et ça sent les plantes et le café fraîchement torréfié.

Borough Market, Leadenhall Market et Maltby Street Market

Si vous n’avez jamais mis les pieds à Borough Market, il mérite quand même le détour — au moins une fois (c’est très touristique, grand et il y a beaucoup de monde). C’est l’un des plus vieux marchés alimentaires de Londres, et malgré la foule et les prix qui ont grimpé avec sa notoriété, l’atmosphère y reste unique. Les halles victoriennes, les étals débordants de fromages, de charcuteries, de pains artisanaux et de street food du monde entier ont quelque chose de presque théâtral. Allez-y tôt le matin, avant que les groupes de touristes n’arrivent, prenez un café et un sandwich au bacon — le classique londonien — et laissez-vous porter par l’ambiance. Puis filez à Maltby Street pour la suite, plus tranquille et plus locale. À dix minutes à pied, Maltby Street Market est ce que Borough Market était avant de devenir célèbre. Des producteurs locaux, des street foods qui viennent du monde entier, des fromages affinés, des huîtres fraîches, du café de spécialité. L’ambiance est décontractée, les prix sont raisonnables, et on mange debout entre deux briques rouges sous un viaduc ferroviaire. C’est ça, le vrai Londres. Prenez le temps de flâner, de goûter.
À deux pas du Sky Garden, caché au cœur de la City entre des immeubles de verre et d’acier, se trouve un endroit que beaucoup de visiteurs ne soupçonnent même pas. Leadenhall Market est une de ces découvertes qui vous arrêtent net dès que vous en franchissez le seuil. Ses allées pavées sont flanquées de boutiques aux charmantes devantures peintes en marron et crème, et la halle prend ses quartiers sous une sublime verrière en fer forgé. Tout ici respire un raffinement qui flirte avec l’Art Nouveau, loin de l’austérité qu’on imagine souvent aux marchés anglais. Quelques crochets qui servaient à pendre les volailles sont encore visibles sur les devantures des magasins — un détail qui dit toute de l’histoire de l’endroit, marché de volailles de la City depuis le 14ème siècle. Aujourd’hui on y trouve des restaurants, des wine bars, des pubs fréquentés par le monde de la finance. Et pour les fans d’Harry Potter — Leadenhall Market fut utilisé comme décor de Diagon Alley dans le premier film de la saga. Une bonne raison supplémentaire d’y emmener les enfants.

Little Venice

Accordez-vous une heure à Little Venice, dans le quartier de Paddington. C’est un réseau de canaux bordés de péniches fleuries, de saules pleureurs et de petits cafés au bord de l’eau. On s’y promène lentement, on s’y pose sur un banc, on y oublie qu’on est dans l’une des villes les plus animées du monde. Les péniches sont souvent habitées — certaines sont même des librairies ou des cafés flottants. C’est doux, c’est calme, c’est inattendu.

Le Sky Garden

Un roof top, une vue. Et pourtant, c’ est gratuit. Le Sky Garden est un jardin suspendu au sommet du 20 Fenchurch Street — surnommé le Walkie Talkie à cause de sa forme — au 35ème étage. Quelques plantes tropicales, des arbres, des fleurs, mais surtout une vue à 360° sur toute la ville. La Tamise en contrebas, la Tour de Londres au loin, les gratte-ciels de Canary Wharf à l’horizon. C’est magique. Vraiment. La seule contrainte : il faut réserver à l’avance sur leur site, car les créneaux partent vite. Mais l’entrée est entièrement gratuite. Prévoyez d’y être en fin d’après-midi pour attraper la lumière dorée avant le coucher du soleil (ce que je n’ai pas encore réussi à faire).

Shoreditch

Shoreditch et Brick Lane, c’est le même souffle créatif, le même état d’esprit — mais deux visages différents. Là où Brick Lane, que je connais bien, sent le curry et le vintage, Shoreditch sent le café de spécialité, les jeunes et la start-up. C’est le quartier des créatifs, des graphistes, des musiciens et des entrepreneurs qui ont transformé d’anciennes usines en studios, en galeries, en restaurants. Les rues y sont un terrain de jeu permanent pour les street artists — Shoreditch est d’ailleurs considéré comme l’une des capitales mondiales du street art. Perdez-vous dans les ruelles autour de Rivington Street et de Curtain Road, levez les yeux sur les façades, poussez les portes des galeries ouvertes. Et si vous avez faim, Boxpark — le centre commercial fait entièrement de containers maritimes recyclés — rassemble des dizaines de petites cuisines du monde entier dans une ambiance décontractée et festive. Encore certainement un endroit que je dois approfondir une prochaine fois.

Mes bonnes adresses — parce que Londres se mange aussi

Je dois l’avouer : une grande partie de mes escapades londoniennes tourne autour de la table. Londres est une ville de gourmands, et si vous me demandez mes adresses préférées, les voilà, sans filtre.

Bread Ahead — la boulangerie-pâtisserie culte de Borough Market, connue pour ses donuts à la crème (brulée aussi) qui ont leur propre réputation sur Instagram. On fait la queue, et on ne regrette jamais. Un incontournable pour le petit déjeuner ou le goûter.

Din Tai Fung — la chaîne taïwanaise mondialement connue pour ses xiaolongbao, ces petits raviolis vapeur à la peau translucide gorgés de bouillon. La précision, la régularité, la qualité — à chaque fois. Plusieurs adresses à Londres, dont une à Covent Garden.

Dishoom — le restaurant indien inspiré des vieux cafés irani de Bombay, avec une atmosphère en soi qui vaut le déplacement. Le poulet tikka et le dal noir mijotés toute la nuit sont devenus des références absolues. Prévoyez d’attendre un peu — il n’y a pas de réservation pour le dîner dans la plupart des adresses, mais ça vaut chaque minute.

Coco Momo — une adresse plus confidentielle, dans un registre végétarien (mais pas que) et healthy, avec une carte colorée et inventive qui prouve qu’on peut manger sainement sans se priver de plaisir. L’endroit parfait pour un déjeuner léger entre deux balades.

The Ivy — West End — l’institution londonienne par excellence. Un décor en vitraux, une cuisine brasserie britannique revisitée, une clientèle mélangée entre touristes avertis et habitués du quartier. On y va autant pour l’atmosphère que pour l’assiette — et les deux sont à la hauteur. D’autres Ivy cafés aussi, par exemple près de la tour de Londres.

Pavyllon London — pour ceux qui veulent passer à la table gastronomique. C’est la signature londonienne du chef Yannick Alléno, installée au Four Seasons de Park Lane. Une cuisine française d’exception, une élégance absolue, et une expérience qui sort clairement du lot. À réserver pour les grandes occasions — ou juste parce que vous le valez bien.

Et puisqu’on parle de gastronomie — Londres compte une constellation d’étoilés Michelin qui n’ont rien à envier aux grandes tables parisiennes. Des noms comme The Ledbury, Core by Clare Smyth, ou Sketch valent le détour pour une expérience culinaire hors du commun. La ville a depuis longtemps abandonné sa réputation de cuisine sans âme — et ces adresses en sont la preuve éclatante.